Mes entraînements et mes courses en ultra marathon notamment. Je m'intéresse aux méthodes d'entraînement ainsi qu'à la gestion de course pour les longues distances.
Without patience, you will never conquer endurance(*). Yiannis Kouros [ (*)Sans patience, tu ne maîtriseras jamais l'endurance ]
Il s'agissait de mon unique objectif
sur 2014, décidé un peu au dernier moment, suite aux 100 km de
Theillay courus assez facilement en 9H28, et récupérés au bout de
quelques jours.
Je me fixais comme objectif de passer
la barre des 230 km, ce qui semblait raisonnable, compte tenu de mon
RP à 227,645 km sur ce même circuit (enfin légèrement modifié
depuis les éditions 2011 et 2012), mais tout de même ambitieux au
vu de mon volume de course assez réduit sur 2014, y compris ces
dernières semaines (100 / 120 km par semaine, soit nettement moins
que lors de ma préparation pour mon 24H de 2011 ou pour le
Spartathlon l'an dernier).
J'en ai donc profité pour tester une
approche un peu différente de l'entraînement, mettant l'accent sur
le travail de la foulée, que ça soit lors des séances spécifiques
à allure 24 heures ou lors de séances de vitesse (j'y reviendrai
dans un article spécifique sur l'entraînement polarisé), le tout
complété par un peu de travail cardio variant d'un peu en dessous
de l'allure marathon au seuil/seuil+, toujours en restant facile.
Bien entendu, toujours pas la moindre séance de VMA, ni même de
résistance dure. Je n'ai quasiment pas fait de sorties vallonnées,
mais c'est par manque de temps car je pense qu'au niveau musculaire
(et aussi cardiaque) alterner côtes montées doucement et descentes
plus ou moins rapides est bénéfique. J'ai couru toute cette
préparation sans cardio, en étant davantage attentif à mes
sensations. Le résultat a été d'augmenter encore ma cadence de
foulée, qui atteint désormais 190 pas par minute à allure 24
heures : mouliner s'avère très efficace au niveau efficacité
de course, les chocs générés sont moindres et limitent la fatigue
musculaire, notamment au niveau des quadris.
Nous arrivons la veille dans l'après
midi avec Jean-Pierre qui va m'assister, Denis et sa sœur Catherine
qui fera son assistance. Nous passons récupérer les dossards, et
choisir notre table (on a le choix car il n'y a malheureusement
qu'une quarantaine d'inscrits) pour les ravitaillements personnels.
Je choisis de me mettre vers l'entrée du hall, coté chronométrage,
alors que Denis préfère s'installer de l'autre coté afin d'être
au plus près du ravitaillement de l 'organisation. J'ai fait ce
choix car cela me permet d'effectuer ma portion de marche (40
secondes un tour sur deux) intégralement dans le hall pour reprendre
la course juste à la sortie. Ceci s'avérera être un choix
judicieux.
Par contre j'apprends que le circuit
mesure non pas les 1000 mètres pile comme annoncé sur le site web,
mais 1097 mètres, ce qui va modifier les chronos calculés pour la
vitesse de croisière de 10,5 km/h de départ (soit 5'30'' pour le
tour intégralement couru et 5'50'' pour le tour comprenant les 40''
de marche). Mais comme je m'entraîne régulièrement sur un circuit
de 1094 mètres, j'ai déjà les nouveaux chiffres en tête :
6'05'' et 6'25''.
Après une pasta party légère, nous
rentrons à l'hôtel. J'ai encore faim, et comme j'ai la flemme de
sortir pour chercher une banane dans la voiture, je prends ce que
j'ai sous la main, c'est à dire le sachet de biscuits donné à la
remise des dossards, ils sont délicieux, donc je mange tout, bien
que sachant qu'ils contiennent une belle quantité de beurre,
heureusement que je n'avais pas de tire bouchon sous la main, sinon
la bouteille de vin offerte risquait également d'y passer...
Le lendemain matin, après une bonne
nuit de sommeil, j'ai un peu mal au ventre, mais ça passera avant le
départ moyennant un petit déjeuner très léger. Nous allons
ensuite nous préparer à notre table. J'explique à Jean-Pierre tout
ce qu'il faut sur les ravitaillements : il y a des sachets de
poudes de 3 couleurs d'un peu plus de 40 grammes chacun (soit environ
160/170 Kcal), rose pour le goût orange, blanc pour la menthe, et
marron pour le salé (légumes), autant de bananes qu'il faut pour
compléter afin d'avoir environ 200 Kcal pour 10 km (11 km en fait vu
la longueur du circuit), de l'eau plate en quantité, ainsi que des
bouteilles de Saint-Yorre, et quelques bières. Je vais courir avec
ma ceinture porte bidon et je changerai de bidon tous les 10 tours en
indiquant auparavant à JP quel goût je veux pour le prochain. J'ai
l'habitude de courir avec ce porte bidon, cela évite la préparation
d'un verre de boisson énergétique tous les 2 tours et me permettra
de mieux m'imaginer sur une course en ligne si la répétition des
tours devient lassante. Les différents textiles sont rangés dans
des sacs par catégorie (T-shirts manches courtes, manches longues,
shorts, collants, coupe vents, gants, bonnet, chaussettes, ...), plus
deux paires de chaussures de rechange.
Après avoir noké consciencieusement
tous les points de frottement (sauf les pieds que je ne noke jamais),
je prends le temps de bien ajuster les chaussettes sans le moindre
pli et de lacer les chaussures sans serrer : cela fait souvent
la différence au niveau du confort des pieds en course et
d'éventuelles ampoules.
Il fait beau, la température est
idéale en fin de matinée alors que nous nous dirigeons vers le
départ situé devant la mairie de Vierzon (il y a un petit kilomètre
à effectuer pour rejoindre le circuit).
Le départ est donné à 11 heures
pile, je me retrouve dans le groupe de tête (j'avais prévu de
partir avec Denis mais je l'ai déjà perdu de vue), et ça va assez
vite pour rejoindre le circuit (mais ça descend). Les premiers tours
permettent de prendre ses marques sur le circuit. Le tapis de
chronométrage est à l'entrée du hall, puis les tables de
ravitaillement, et le ravito commun avant la sortie, on fait une
petite boucle en tournant à droite, on repasse dans le hall
(toilettes à la sortie), puis 2 virages serrés à gauche, on passe
derrière les toilettes (ça sera mon coin pause technique comme en
2011), s'ensuit la plus longue ligne droite suivie d'un virage serré
à gauche et une très courte montée (une dizaine de mètres) mais
relativement pentue, puis ça n'arrête plus de tournicoter jusqu'à
la fin de la boucle.
Je me sens bien trop rapide et je le
vérifie à mon chrono lors des premiers passages sur le tapis (au
moins 15'' trop vite par tour). Un écran permet d'avoir pas mal
d'infos intéressantes : kilométrage total, classement, temps
du dernier tour, moyenne, … Au bout d'une heure j'ai parcouru 11
km, je cours juste derrière Philippe Gilles qui est un marcheur de
grand fond très bon niveau (6e de Paris Colmar cette année), il a
donc l'expérience de la durée de course, mais débute en ultra en
mode course.Je suis très bien et en jambes dès le départ (mes deux
dernières semaines d'affûtage sont désormais bien rodées avec en
peu de qualitatif jusqu'au bout). La routine des ravitaillements
s'installe (que du sucré au début : orange et un peu de
menthe, plus des morceaux de banane régulièrement). Au bout de 2
heures de course (toujours à 11 km/h), il commence à faire un peu
chaud, je demande à JP de me préparer des gobelets de St-Yorre pour
boire en plus durant ma phase de marche, mais je ne ralentis toujours
pas. 3 heures de course, et toujours pile à 11 km/h, je sais que
c'est un peu trop rapide, surtout avec le soleil. Je m'éponge
maintenant régulièrement et je garde une éponge humide sous ma
casquette.
J'ai laissé filer Philippe et je
commence à mettre le frein à main car il risque encore faire
relativement chaud pendant 2 ou 3 heures, et je passe en 3H51 au
marathon (soit près de 10 minutes de moins que prévu). Il s'agit
désormais de s'économiser et de faire le point au bout de 6 heures
de course. L'après midi passe vite, je suis maintenant bien installé
dans la course, j'ai pris au moins un tour à tout le monde sauf à
Philippe qui est environ ½ tour devant moi, mais l'écart se réduit
même si j'ai un légèrement ralenti volontairement. Les arrêts
pipi sont désormais espacés de 2 heures environ (ma technique est
de boire un peu plus si je n'ai pas fait de pause technique depuis 2
heures jusqu'à ce que j'ai de nouveau envie). En fait je ne m'occupe
pas trop des autres coureurs pour le moment, le circuit se découpe
naturellement en 2 parties plus ou moins égale en durée : de
l'entrée dans le hall (passage sur le tapis) à la côte au bout de
la longue ligne droite, et de là jusqu'à la fin du circuit. Pour le
moment je passe toujours cette petite côte au trot. Quasiment depuis
le début un chaton noir joue avec les coureurs au niveau de la côte,
il sera souvent là jusqu'en début de soirée, ça fait partie des
petits plaisirs d'un 24 heures, comme de s'encourager au moment des
dépassements, ou retrouver l'ambiance avec tous les accompagnateurs
et les bénévoles à chaque passage dans le hall.
La première moitié du circuit est
nettement plus agréable que la seconde car on passe 2 fois dans le
hall et il y a moins de relances à effectuer, cette différence ira
en s'accentuant avec la fatigue.
Denis
Ayant sans doute un peu abusé des
bananes, je vomis un peu, mais rien de méchant, ça fait du bien et
ça repart en quelques secondes. La chaleur fait son œuvre, et
quelques concurrents en souffrent, il y a déjà quelques arrêts
prolongés aux stands. Il me semble que je prends la tête vers la 6e
heure avec 65 km couverts, soit 2 km de plus que mes prévisions,
mais ma vitesse est désormais correcte autour de 10,5 km/h, toujours
avec la même impression de freiner en permanence.
En fin d'après midi, le ciel se couvre
et la température baisse un peu, j'opte pour un T-shirt manches
longues. C'est toujours très facile, je commence juste à passer la
petite bosse en marche rapide afin de m'économiser, ma vitesse de
progression ne s'en ressent quasiment pas alors que la nuit tombe sur
le circuit. Les 100 km seront atteints en 9H25 (je crois que c'est
pile le record actuel du club), et je commande un verre de bière à
JP afin de fêter ça au prochain tour.
Avec la fraîcheur je prends un
coupe-vent léger (JP est une aide précieuse pour adapter ma tenue
car quand on court on ne se rend pas compte tout de suite du
changement de température, et si l'on commence à avoir froid c'est
souvent trop tard). Les averses annoncées en début de soirée
arrivent, mais la pluie n'est pas forte et cela ne dure pas
longtemps. Je suis maintenant en équilibre dans la course, je n'ai
plus besoin de me freiner, mais je ne suis pas non plus dans le dur.
Emmanuel Chefdeville (vainqueur l'année précédente) et Philippe
ont abandonné, j'ai quelques tours d'avance sur Christine Zanconato
qui fait une très belle course (elle a gagné chez les femmes l'an
dernier), Rudy Mehlinger suit un peu plus loin, très régulier lui
aussi, mais il est encore bien tôt pour s'occuper d'autre chose que
de sa propre progression.
A mesure que la nuit avance, je prends
de plus en plus de salé, cette boisson énergétique au goût
légumes est excellente et permet de bien se réchauffer bue tiède.
Un café de temps en temps (mais pas trop souvent, toutes les 2
heures au maximum) réchauffe également et devrait me permettre de
ne pas avoir sommeil plus tard dans la nuit.
Cela roule toujours à 23 heures à
mi-course où je passe les 125 km (soit à seulement 2 km de mon
record sur 12 heures tout en en ayant encore pas mal sous le pied),
j'ai toujours 2 km d'avance sur mon plan de marche (123 km prévus en
12 heures), ce qui signifie que mon allure est maintenant correcte.
Pour la suite, je n'ai rien prévu au niveau du kilométrage, je dois
seulement m'appliquer à maintenir ma vitesse le plus longtemps
possible tout en ne produisant pas trop d'effort avant le dernier
tiers, voire le dernier quart de la course.
Les heures suivantes s'écoulent
également assez rapidement, sans effort excessif. Je suis toujours
dans le gestion de course, en attente de la 17e ou de la 18e heure,
là où il faudra sans doute commencer à se faire violence pour
maintenir une certaine vitesse de course. Je n'ai pas allongé mes
périodes de marche et je marche toujours tous les 2 tours. Ma
vitesse baisse un peu (en partie car je fais davantage de pauses
techniques ce qui est récurrent chez moi la nuit), mais la moyenne
se maintient toujours nettement au dessus des 9 km/h, et compte tenu
de mon kilométrage un peu plus élevé que prévu à ce stade de la
course, je ne me force pas à aller plus vite. Je n'ai pour ainsi
dire pas mal aux jambes, pas mal aux pieds, ni de douleur tendineuse,
le niveau énergétique est bon ainsi que le confort digestif (une
pause technique un peu plus longue aux toilettes me fait le plus
grand bien), et je n'ai pas du tout sommeil. Il y a encore une ou
deux averses très légères, mais rien de gênant.
Je commande ma 2e binouze pour le
passage des 150 km, largement avant 15 heures de course. La suivante
est prévue pour les 200 km (et j'imagine déjà la dernière pour
les 230...).
A 3 heures du matin, out va pour le
mieux, 16 heures de passées et plus de 162 km au compteur, je
commence à faire quelques projections à partir du passage
hypothétique des 18 heures avec 180 km (soit 50 km au minimum à
effectuer sur les 6 dernières heures, ce qui me semble à ce moment
là très largement faisable). D'ailleurs il n'a pas plu depuis pas
mal de temps, je pense que la perturbation est maintenant derrière
nous car le retour du beau temps était annoncé en fin de nuit /
début de matinée.
Mais une nouvelle averse survient, et
cette fois la pluie va rapidement s'intensifier, et c'est bientôt un
véritable déluge ! En quelques minutes je suis trempé de la
tête aux pieds, ça fait « floc floc » et de belles
flaques grossissent rapidement en de nombreux points du circuit.
C'est l'arrêt aux stands obligatoire, JP m'aide à me sécher et à
me changer : enfiler des vêtements secs prend de longues
minutes, j'opte pour un coupe vent Goretex étanche et un bonnet sous
la casquette car ça caille. Pour le bas, je ne fais rien, de toute
façon, ça serait à nouveau trempé en quelques minutes, il faut
attendre que la pluie cesse et que le circuit sèche suffisamment
pour changer de chaussettes et de chaussures. C'est de pire en pire,
le vent est également de la partie. Heureusement j'avais pris une
cape en plastique au cas où, et cette couche supplémentaire permet
d'être un peu au sec et de ne pas avoir trop froid. Malgré cela je
ne tarde pas à être pris de vomissements, assez violents cette
fois, du genre à retourner l'estomac. Je dois réduire un peu les
apports énergétiques ainsi que mon allure afin de retrouver un
certain confort, je suis encore relativement optimiste pour les 230
km, malgré 2 ou 3 km lâchés très rapidement car j'espère encore
à ce moment là que le ciel va rapidement redevenir clément.
En effet, au bout d'une heure de
saucée, la pluie diminue d'intensité, puis cesse, mais pour
reprendre peu après sans que la flotte ait eu le temps d'évacuer le
parcours, cela fait longtemps que je ne cherche plus trop à éviter
les flaques, autant y aller tout droit. Il faut également lutter
contre un vent parfois assez fort sur une bonne partie du circuit
(des barrières métalliques sont même tombées à un moment). Mon
allure moyenne a bien chuté, se maintenant tout juste au dessus des
8 km/h, je ne me réchauffe pas, je ne parviens toujours pas à
m'alimenter suffisamment, par contre je n'ai pas sommeil et j'ai même
tendance à abuser du café pour tenter de me réchauffer, résultat
encore davantage de pauses pipi.
L'aube commence à poindre, mais ça
n'est pas l'effet booster espéré car le ciel est très chargé et
la luminosité n'augmente pas vite. Je passe tout de même la barre
des 200 km nettement avant les 21 heures de course, mais l'envie
n'est plus là depuis longtemps, j'ai juste envie que ça s'arrête,
je peux toujours passer les 225 km en poursuivant sur ce rythme de
sénateur.
Le soucis c'est qu'avec les heures
passées dans le froid et l'humidité, ma posture s'est passablement
dégradée, je trottine tout tordu, et ça commence à bien couiner
au niveau de la hanche droite et du genou gauche (l'arthrose n'aime
pas trop ces conditions météo).
Catherine et JP
Il reste moins de 2 heures, je suis
épuisé et je décide d'arrêter de courir et de finir à la marche,
tout en revoyant mon objectif à 220 km, ceci afin de ne pas prendre
de risque tant au niveau fatigue générale qu'articulaire. J'ai
assez d'avance pour gagner en terminant à la marche. Denis se
propose à ce moment là de m'aider pour terminer en courant, mais je
ne préfère pas tenter le coup. Daniel Terranova et lui vont
finalement marcher avec moi jusqu'au bout en me ravitaillant avec
tout ce qui me fait plaisir (madeleines, cake, café, …), ainsi je
n'ai pas à m'arrêter. Christine marche également (mais plus
rapidement que moi). Certains coureurs courent encore bien, comme
Rudy, ou Gilles Salon qui termine même très fort pour franchir la
barre des 200 km. J'envisage un temps m'arrêter une fois les 220 km
franchis, mais finalement on continue jusqu'au bout des 24 heures
pour dépasser les 221 km. La marque exacte sera mesuré à 221,795
km.
Il était vraiment temps que ça
s'arrête, j'ai les mains bien gonflées, les articulations en
délicatesse, l'estomac moyen moyen, il n'y a guère que
musculairement que ça va encore à peu près.
Après une douche chaude qui fait le
plus grand bien, il est temps de rejoindre le gymnase pour la remise
des coupes aux rescapés.
Puis c'est le repas d'après course, je
n'ai pas trop faim, ni même soif d'ailleurs (ça sera comme ça
jusque lundi soir avant que la soif et l'appétit soient retrouvés).
Pour conclure, je suis un peu déçu de
ne pas avoir eu les conditions favorables pour faire plus de 230 km (même si être à moins de 6 km de mon record est plutôt une progression compte tenu des conditions),
alors que je pense que cette marque était vraiment à ma portée
dans des conditions météo correctes, en fait je suis davantage
frustré de ne pas savoir si j'aurais pu tenir ces 24 heures sans
trop faiblir sur la fin compte tenu de mon entraînement relativement
réduit, donc je n'ai pas tout à fait validé le fait que diminuer
(dans une certaine mesure) le volume ne nuisait pas à la capacité à
tenir la distance, dommage...
10 jours après cette épreuve, je suis
encore légèrement fatigué, mais j'ai repris mon poids de forme, et
je n'ai plus aucune douleur musculaire ou articulaire, du coup je me vois bien tenter un marathon en fin d'année histoire d'accrocher tout de même un RP cette année.
Je remercie Jean-Pierre qui a été un
assistant patient et parfait, Denis et Daniel pour m'avoir aidé sur
la fin, ainsi que Catherine pour m'avoir conduit jusque chez moi au
retour.
Un grand merci également à Fabrice
Simoes, ainsi qu'à tous les organisateurs, aux bénévoles, à tous
les coureurs, assistants, et supporters.
Temps de passage extrapolés au prorata
du temps ou de la distance (merci aux chronométreurs de nous avoir
imprimé le détail tour par tour) :
01H - 11,041 (11,041 km)
02H - 22,003 (10,962 km)
03H - 33,084 (11,081 km)
04H - 43,954 (10,870 km), marathon en
3:51:16 (10,95 km/h)
05H - 54,617 (10,663 km)
06H - 64,998 (10,381 km)
07H - 75,107 (10,109 km)
08H - 85,575 (10,468 km)
09H - 95,763 (10,188 km)
10H - 105,839 (10,076 km), 100 km en
9:25:34 (10,61 km/h)
11H - 115,628 ( 9,789 km)
12H - 125,120 ( 9,492 km)
13H - 134,105 ( 8,985 km)
14H - 143,685 ( 9,580 km)
15H - 152,893 ( 9,208 km)
16H - 162,136 ( 9,243 km), 100 miles
(160,934 km) en 15:52:03 (10,14 km/h)
17H - 169,508 ( 7,372 km)
18H - 177,713 ( 8,205 km)
19H - 185,743 ( 8,030 km)
20H - 193,870 ( 8,127 km)
21H - 202,152 ( 8,282 km), 200 km en
20:45:42 (9,63 km/h)
Cela fait déjà de nombreux mois que j'avais en grande partie écrit cet article. Depuis, ma participation au Spartathlon n'a fait que renforcer mes convictions! Celles et ceux qui ont lu l'ouvrage de Serge Cottereau ou suivi un de ses stages comprendront également.
Je ne vais pas me faire que des amis en écrivant ce qui suit, mais ça n'est pas mon style de vouloir faire plaisir à tout le monde. Cela fait longtemps que ça me démangeait...
Personne ne peut passer au travers du fait, que depuis quelques années, le milieu de la course à pied est de plus en plus exploité au niveau mercantile. C'est devenu un marché de masse dans lequel le sportif est uniquement perçu en termes de potentiel de dépenses, et cela couvre un large spectre: matériel, nutrition, inscriptions aux courses, coaching, épreuves "fun" au tarifs moins fun...
On en oublierait presque que pour courir, une paire de chaussures et quelques vêtements suffisent, et éventuellement une inscription dans un club ou une association pour le coté convivial, pédagogique, voire compétitif.
La course à pied serait-elle en passe de passer du statut de sport populaire et peu onéreux à celui de sport de "bobo CSP+" (MDP, UTMB, MDS, 10 bornes à 20 Euros, pseudos cross, parcours d'obstacles à XX Euros n'ayant plus grand chose à voir avec la course à pied, ...)? Il y a même une épreuve qui s'appelle "Spartan" quelque chose, bravo pour la récupération de ce nom mythique...
Cela semble déjà irréversible pour ce qui est des "grands" marathons et des ultra trails les plus connus.
Mais bon, cela n'est que le reflet de la société de consommation, chacun est libre de consommer ou non...
Ce qui me dérange le plus en fait, c'est que le milieu est infiltré par un nombre croissant d'internautes / bloggeurs / sites / réseaux sociaux spécialisés / ... plus ou moins "influents", qui sous-prétexte de propager la bonne parole sur les bienfaits de ce sport et d'informer, font le jeu des marques en en citant une par ligne de compte rendu, en effectuant des tests plus ou moins bidons, en rédigeant des publi-reportages, en organisant des "événements" sponsorisés, ...
Plus moyen de faire une recherche sur Internet sans tomber sur un de ces pseudos articles où l'on apprend surtout quelle est la gamme de "Tartempion" ou le nom du dernier gadget à la mode, avec tant qu'on y est un lien vers le site marchand qui va bien...
Ce phénomène, essentiellement Parisien au départ, se répand désormais dans tout l'hexagone.
Si encore la compétence (et les performances) des "auteurs" étaient au rendez vous, cela leur donnerait un semblant de crédibilité... Mais celles-ci semblent bien être inversement proportionnelles au volume de publicité diffusée!
Aucun secteur d'activité lié à la course à pied (pardon il faut dire "running" sinon on passe pour un ringard) n'échappe à cette frénésie consumériste: chaussures, textiles, accessoires, électronique, nutrition, boutiques spécialisées, magazines, coaching, stages, et je dois en oublier pas mal...
Je pense qu'une majorité de ces auteurs s'est laissée prendre petit à petit à ce petit jeu sans trop s'en rendre compte, avec le désir de bien faire et de partager une passion, en se laissant manipuler plus ou moins inconsciemment par des marques ou d'autres bloggeurs plus "pros" et eux beaucoup moins désintéressés...
Essayez de prendre un peu de recul: vous ne vous trouvez pas ridicules de sortir en meute avec un t-shirt de la marque "Truc" ou du site "Machin", des chaussettes de contention Machin, ... Quelle image donnez vous de notre sport? Vous n'êtes donc que des hommes ou des femmes sandwhich?
Les magazines vont évidemment dans le sens de cette tendance car il faut bien attirer les annonceurs: grosses organisations de marathons, trail, et maintenant courses "fun", vendeurs de matériel en tout genre n'ayant de plus en plus souvent plus grand chose à voir avec la course à pied; l'apologie de l'entraînement croisé, de la musculation, du "crossfit", ... font exploser le chiffre d'affaires et le budget de ceux qui y croient... Idem dans le domaine de la nutrition et du médical: si tu n'as pas ton nutritionniste, ton médecin du sport, ton kiné, ... tu es "has been". La société du "zapping" n'épargne donc plus la course à pied qui pour moi est justement à la base un bon moyen de s'y soustraire.
Pensez au bonheur simple de courir pour le plaisir, seul ou avec des potes, dans un club éventuellement, au plaisir de progresser dans la durée, de trouver le bon geste, d'apprendre, puis de transmettre.
Heureusement que cet état d'esprit n'a pas (encore) contaminé les adeptes de l'ultramarathon sur route, c'est sans doute en partie pour cela que c'est ma discipline préférée, un peu comme un village Gaulois résistant aux envahisseurs (et cela n'est sans doute pas un hasard si les bretons sont bien représentés...).
C'est bien cette philosophie de la course pour le plaisir désintéressé dans l'effort que je suis allé chercher fin Septembre entre Athènes et Sparte, la volonté d'aller au bout de soi-même sans arrière pensée, et je n'ai pas été déçu!
Enfin, par honnêteté intellectuelle, et aussi parce que je n'ai jamais prétendu être un sportif de haut niveau, et loin de là, j'ai préféré cesser ma collaboration avec Effinov Nutrition, même si je continue à utiliser leurs produits, mais dans une moindre mesure, car je m'oriente petit à petit vers une alimentation plus naturelle en course, mais cela fera l'objet d'un autre article.
J'ai écrit ce CR de la course sans
consulter l'enregistrement de mon Polar, seulement avec le souvenir
de mes sensations. J'ai donc facilement pu oublier ou intervertir des
événements. Je donne seulement quelques chiffres, ceux que j'ai mémorisés.
Je verrai par la suite si ça colle ou pas.
Cela faisait plus de trois ans, c'est à
dire à l'époque de mon premier 100 bornes au printemps 2010 que je
fantasmais sur cette épreuve mythique, ces fameux 245,3 (ou un peu
plus?) d'asphalte entre l'Acropole à Athènes et la statue de
Léonidas à Sparte, avec le fameux passage de la montagne via un
sentier escarpé à gravir dans la nuit aux deux tiers de la
distance. Une course qui n'est ni la plus longue, ni la plus
vallonnée, ni la plus chaude, ni la plus belle au niveau du
parcours, mais qui est un peu tout ça, et qui surtout, avec ses
barrières horaires impitoyables ne laisse place ni à l'erreur, ni
au repos pour atteindre Sparte avant 19 heures le samedi en étant
parti d'Athènes à 7 heures dans les lueurs de l'aube.
J'avais bien sûr étudié la course et
même réalisé un dossier sur mon blog, lu des kilomètres de CR,
regardé des heures de vidéos, mais je ne me sentais pas prêt, car
bien que maîtrisant assez bien le 100 km et possédant une réserve
de « vitesse » à priori amplement suffisante pour
aborder sereinement le Sparte (8H24 à Belvès au printemps), j'avais
échoué dans mes trois dernières tentatives sur des courses de
durée supérieure après des débuts réussis à Vierzon il y a deux
ans (227,6 km) :
abandon à l'Ultrabalaton en
Hongrie au printemps 2012 (j'ai mal géré les plus de 40°C) au
bout de 162 km (sur 212).
plus d'envie au Championnats de
France de 24H à Vierzon en 2012 (je suis allé dormir après 100 km
de course alors que j'aurais pu poursuivre mais la marque de 230 km
était déjà devenue inaccessible, et je n'étais plus motivé).
Et surtout abandon sur blessure à
la hanche droite après 170 km aux 24H des Yvelines début Juin de
cette année alors qu'au contraire je réalisais une bonne course
avec du plaisir et sans trop forcer sur des bases de 215 km.
Cette blessure s'est produite quelques
jours seulement après que j'ai envoyé mon paiement de 400 € pour
l'inscription, si elle s'était produite juste avant, il est probable
que j'aurais renoncé, mon billet d'avion étant remboursable.
Après divers diagnostics erronés
(fracture de fatigue, tendinite), il s'avéra que s'était un soucis
cartilagineux avec épanchement de synovie, en clair une forme
d'arthrose. J'ai pu reprendre progressivement l'entraînement en
Juillet, puis effectuer un mois d'Août honorable au niveau
kilométrique (620 km), conclu par un 9H30 sans forcer et sans signe
de blessure aux 100 km de Theillay. En Septembre je n'ai pas fait
grand chose car j'ai attrapé la crève et ça a duré près de trois
semaines (tout juste terminé avant le Sparte), et surtout j'ai eu
une petite gêne au genou droit sur une ou deux séances. Mais comme
les conseils avisés de coureurs ayant déjà terminé le Sparte
(Denis Dupoirieux, Christophe Rochotte) étaient de ne pas en faire
beaucoup deux, et plutôt trois semaines avant la course, je me suis
dit qu'au moins j'allais me présenter frais aussi bien physiquement
que mentalement.
Sur le plan du contenu de
l'entraînement, c'était assez varié, avec le plus souvent une
séance proche de l'allure marathon le samedi (15 à 20 km à cette
allure) servent de pré-fatigue à une sortie longue le dimanche
(plus ou moins un marathon vallonné avec un peu de marche rapide en
côte), et souvent, en plus des sorties de récupération, deux
autres séance qualitatives dans la semaine : une de résistance
dure (allure 10 km le plus souvent, genre 8 x 1000m), et une séance
rapide (des 200, 300, ou 400m avec beaucoup de temps de récup pour
travailler la foulée).
Par contre, je n'ai fait qu'une seule
séance de nuit, et quasiment pas de travail en excentrique en
descente de peur de me re-blesser. Je n'ai pas non plus utilisé mes
VFF pour les mêmes raisons.
Quand je compare mon kilométrage avec
celui de certains,, je me sentais davantage préparé à courir un
marathon en 2H50 (chrono que me laissait entrevoir mes sensations et
mon cardio) qu'à terminer le Spartathlon. J'aurais peut-être mieux
fait d'aller à Berlin qu'à Athènes...
Pour la chaleur, j'étais relativement
bien préparé, ayant couru pas mal de fois dans la fourchette 28 /
35 degrés sans soucis particulier.
Par contre, j'ai fait l'impasse sur la
partie trail, ne voulant pas là non plus prendre de risque. Mon
entraînement a été 20% piste / 80% bitume.
Et comme d'habitude, ma préparation
n'a comporté que de la course à pied, aucun entraînement croisé
(à part un peu de marche rapide), zéro musculation. Tout juste si
j'ai fait quelques séries de pompes et quelques étirements. Je mise
tout sur l'équilibre, passer en finesse et non en force, le plus
relâché possible le plus longtemps possible.
Sur le plan mental, j'ai voulu faire un
peu le vide et me retrouver avec moi-même. J'ai donc déserté
Internet (forum ADDM, Facebook, …), et je n'ai pas trop suivi ce
qui se passait en ultra cet été, je m'en excuse. Je n'ai même pas
lu de récits, ni regardé de vidéos du Spartathlon, de toute façon
tout était déjà depuis longtemps dans ma tête. J'ai aussi fait un
peu de relaxation.
Le Parcours
Profil (D+ ~ 2650m)
Avant course et préparatifs
N'ayant pas d'équipe d'assistance,
quelques jours avant de partir en Grèce, je réfléchis au placement
de mes différents sacs. Il est possible de faire déposer un sac à
tous les CP que l'on souhaite sur les 75 que compte le parcours. Je
vais opter pour un sac tous les 30 km environ, sauf le 1er au CP N°11
(km 42,2), soit 7 sacs en tout. Chaque sac contient 3 sachets de
poudre énergétique (alternance sucré / salé, plutôt salé la
nuit). Je vais prendre 25 sachets de 50 grammes chacun en tout et je
compléterai en fonction de mes envies et de ce qu'il y a aux ravitos
(bananes, biscuits salés, café, fruits secs, bière, …). Le 2e
sac est au CP N°19 (km 69,8). Je laisse ma frontale au CP N°29 (km
102,1) avant que la nuit tombe, un t-shirt manches longues au N°38
(km 132,6) quand il fera plus frais, puis des affaires plus chaudes
(coupe vent, gants, bandeau) avant de grimper la montagne (CP N°47,
km 159,5), puis des t-shirt manches courtes au CP N°57 (km 186,1) et
au CP N°66, (km 215,7). Les sacs contiennent aussi du PQ, de la
crème solaire, des chaussettes, et de la NOK.
Après avoir réfléchi à la façon la
plus simple de mémoriser tout ça, je décide de tout noter sur mon
bidon : je découpe la course en 25 portions de 10 km environ,
chaque portion étant terminée par Un CP où je dois recharger mon
bidon. J'ai également noté les barrières horaires et les CP où
j'ai un sac pour ne pas oublier de la demander.
Coté matériel, c'est simple :
t-shirt manches courtes sauf quand il fera frais, chaussures Asics
GT-2000, après avoir hésité avec les DS-Trainer plus légères. Je
courrai avec les couleurs du club du début à la fin. Sinon un short
et un porte bidon de 600mL avec une poche pouvant juste contenir 2 ou
3 sachets + du PQ, et bien sûr une casquette avec un voile amovible
à l'arrière que j'ai découpé dans un vieux t-shirt. Je ne
prendrai pas de ceinture cardio, mais seulement l'accéléromètre
qui m'assurera au début de ne pas partir trop vite, puis à me
motiver à augmenter un peu mon allure plus tard. Et surtout, pas de
téléphone, j'y vais pour vivre la course, pas pour lire des SMS ou
prendre des photos.
Bidon Roadbook
Départ pour Athènes le mercredi,
j'arrive sur place à Glyfada (en bord de mer à 30 km du centre) où
sont situés les hôtels des coureurs logés par l'organisation. Je
retrouve des coureurs français dont Gilhen avec qui je partagerai la
chambre d'hôtel (hôtel Congo où sont logés les Français, les
Allemands, les Italiens, les Polonais, et quelques autres européens),
la famille Pallaruelo, JB, Jean Lapeyre, Lolo, les deux autres JP, …,
nous serons 21 Français au départ, cela faisait quelques années
qu'il n'y avait eu une telle participation tricolore. Je commence
directement par aller retirer mon dossard (N°166) à l'hôtel
London, il y a une belle file d'attente de coureurs tous très
affûtés venus des quatre coins du monde pour la course mythique du
petit monde de l'ultramarathon.
Remise des dossards à l'hôtel London
Bien sûr, tout respire l'ultra dans
les environs, ça fait bizarre de côtoyer des champions tous très
modestes et accessibles comme l'Italien Ivan Cudin ou les Allemands
Florian Reus et Stu Thoms pour n'en citer que quelques uns.
Le lendemain c'est le moment de déposer
les sacs dans les cartons numérotés par CP, puis c'est le briefing
(il y a même un briefing en Français), la pression monte d'un cran
(et là je ne parle plus des bières qui constituent le principal
moyen de s'hydrater ici).
Dépôt des drop bags à l'hôtel London
Je ne vais quasiment pas fermer l'œil
de la nuit, tellement je suis nerveux, heureusement que j'avais très
bien dormi les nuits précédentes.
Comme d'habitude, je prends un petit
déjeuner plus que léger. Vérification de la tenue et du matériel
préparé la veille, crème solaire (je crois que j'ai oublié d'en
mettre sur les mollets), crème nok sur les points de frottement,
mais pas sur les pieds (comme d'habitude, je n'ai effectué aucune
préparation à ce niveau à part me couper proprement les ongles).
Le bus nous emmène sur le lieu de
départ à l'Acropole. J'ai surtout envie de dormir, je n'en mène
pas large, je revois même à la baisse mes chances de terminer que
j'estimais autour de 50%.
La zone de départ est agréable,
surtout que la température est douce, il fait encore nuit, l'aube va
bientôt pointer. Il règne une ambiance spéciale, à la fois zen et
tendue : photos de groupe, encouragements et conseils de
dernière minute, le lieu est chargé d'histoire. J'aperçois Mike
Morton (http://www.runmortonrun.com)
le grand favori, même si c'est sa première participation, il court
sans assistance. C'est intéressant d'observer la diversité de la
morphologie des participants, mais il y a tout de même une grande
majorité de coureurs très affûtés. Coté textile et matériel,
c'est encore plus varié, cela va du short / débardeur à tout le
corps intégralement couvert (dont une sorte de ninja tout en
noir...). Pour les chaussures, ça va des quasi minimalistes aux
Hoka. Pour les accessoires, ça va de rien du tout à la totale camel
bak / Garmin / Go-Pro, avec une majorité de porte bidon ou bidon à
main. Je me demande quand même ce que je fous là, de toute façon
maintenant c'est trop tard pour reculer...
Les Français au départ (+ Daniel et Andrei)
Michael Morton au départ
Athènes Acropole – Corinthe (CP
N°22, km 80,0)
Le top départ est donné à 7 heures
pile, le peloton de 321 coureurs s'ébranle tranquillement à part
certains favoris et quelques kamikazes. Je me suis placé vers
l'arrière pour mieux en profiter, l'émotion est dure à décrire,
ça y est j'y suis enfin, c'est presque dur à croire !
La pression retombe peu à peu,
j'essaie de rentrer dans ma course mais c'est encore trop tôt, j'ai
toujours sommeil et en plus il faut être très attentif entre la
circulation, les autres coureurs, et divers obstacles dont des chiens
plutôt pacifiques mais parfois imprévisibles. Je vais remonter une
partie du paquet ce qui permet de souhaiter bonne chance à quelques
coureurs Français dont Gilles. Le gros de la troupe est ensuite
bloqué brièvement à un passage à niveaux. Les jambes sont plutôt
bonnes, ma hanche droite couine un tout petit peu, mais c'est normal
à cette-heure.
Je me mets automatiquement en Cyrano
sur un cycle de 12 minutes avec à peine 40 secondes de marche pour
le moment. Les premiers ravitos se succèdent ainsi que les
habituelles pauses techniques du début de course qui s'espacent,
nous nous éloignons du centre, la circulation est moins intense mais
plus rapide, le soleil fait sont apparition, c'est agréable.
J'avance bien, assez relâché, j'ai même l'impression de me reposer
tout en courant. Je cours avec des coureurs qui sont parmi les
favoris : Florian Reus, Stu Thoms, Michael Vanicek, Daniel
Oralek. Je sais qu'ils démarrent prudemment et sont capables de
maintenir l'allure tout le long, mais peut-être est-ce que je pars
tout de même un peu vite ? Je progresse autour de 11 km/h.
Le passage à Eleusis (vers le semi)
est agréable, quelques ruines et un groupes d'écoliers. Je me prête
au jeu en tapant dans les mains. Je commence à me détendre. Il ne
fait pas encore trop chaud, mais je commence à boire un peu plus et
à m'éponger à chaque CP.
épongeage à un des premiers CP
La bonne nouvelle c'est qu'il y a des
morceaux de bananes à quasiment tous les ravitaillements, j'en
prends deux ou trois presque chaque fois. Je dépasse Laurence et
Juan au gré d'un ravito et on se souhaite bonne route.
Toute gêne à la hanche a maintenant
disparu avec la chaleur qui monte, même la fatigue semble diminuer,
je suis bien éveillé. Le prochain mini objectif est d'atteindre la
marathon dans cet état. Le parcours est relativement roulant à ce
niveau. Il y a quelques passages agréables en bord de mer avant que
la route ne rejoigne l'intérieur avec des zones péri-urbaines
moyennement agréables. Depuis le départ je ne cours jamais seul, il
y a encore une certaine densité autour de mon allure de croisière.
Quelques mots échangés en anglais, souvent c'est du genre « first
time here ? », « Did you finish before », …
Tout le monde est encore frais et optimiste avec la sensation de
pouvoir courir indéfiniment. Le temps passé aux ravitos est minime,
les bénévoles sont nombreux et efficaces. Quelques mots de
remerciement, des gestes, des regards suffisent.
Mon premier sac est positionné au
marathon (Mégare, CP N°11) que j'atteins en 3H58 (j'avais prévu
une fourchette de 4H-4H15). Il commence à faire chaud, le soleil est
déjà très haut à 11 heures. Je me contente de prendre mes
recharges énergétiques, je n'utilise pas la crème solaire pourtant
présente dans mon sac.
Juste après, sous un pont, il y a
encore des écoliers, et une grosse ambiance, je tape dans un maximum
de mains, ça booste avant d'entamer une portion plus compliquée.
Groupe d'écoliers après Mégare
C'est en effet vers le 45e que les
« hostilités » commencent, ça ne fait que monter et
descendre, mais c'est superbe, avec la Mer Égée à gauche et des
falaises à droite, par contre le soleil cogne bien par là, mais
cela reste supportable, sans doute un petit 30°C à l'ombre, mais
d'ombre point.
Entre mer et roche
Au gré des côtes et des descentes
les coureurs s'espacent, mais restent en contact visuel. M'apercevant
que je cours un peu trop en montée, je décide de ralentir un peu et
d'ajouter quelques séquences de marches quand ça grimpe :
l'objectif est désormais d'atteindre Corinthe en étant toujours en
aussi bon état.
Vers le km 50
Je rejoins Angel parti vite comme à
son habitude, et qui pense surtout à trouver du Sprite, car il
apprécie peu le Coca des ravitos. Il fait déjà preuve de beaucoup
de sagesse en m'incitant à marcher davantage quand ça monte :
Il fait dire qu'à 20 ans il vient de terminer la Transe Gaule !
Après quelques kilomètres à discuter il me laisse filer. Je sais
que Gilles va bientôt le rejoindre et que Françoise sera là à
Corinthe, il sera entre de bonnes mains ! Je double aussi Paskal
qui semble avoir chaud.
C'est par là que je sens une ampoule
en formation sous la plante du pied droit. Bizarre, ça ne m'arrive
jamais aussi tôt, il faut dire que j'ai mis des chaussettes que je
n'avais pas encore portées sur du long, et peut être aussi y a t-il
un pli. Cela ne me perturbe pas plus que ça, je m'applique à
continuer à courir bien en ligne pour ne surtout pas compenser. Un
peu plus tard, même punition coté gauche, mais vers le talon, au
moins ça ré-équilibre.
Depuis un certain nombre de kilomètres
un vent de face allant en forcissant s'est installé donnant une
fausse impression de fraîcheur, mais rendant plus coûteuse en
énergie la progression.
Le temps passe assez vite, l'Isthme de
Corinthe se rapproche, l'environnement devient à nouveau
industriel : c'est une succession de raffineries. Le ciel
s'assombrit, chic de l'ombre... Ce ne sont que les émanations des
raffineries. Même que ça commence à puer, c'est justement à cet
endroit que j'ai placé mon second sac vers le 70e km, mauvaise
pioche...
Drops bags au CP N°19 / 69,8 km (le mien est sur le 2e rangée)
Je décide donc de ne pas m'attarder, je m'assois vite fait
pour me remettre un peu de crème solaire, mais que sur le visage, je
suis trop pressé de repartir pour m'éloigner de cette pollution,
limite envie de gerber...
Corinthe approche. Après une belle
bosse et un passage peu agréable et très venteux le long d'une voie
rapide, c'est enfin la fameuse passerelle jaune au dessus du canal :
Juste beau et impressionnant, quelques instants de marche pour
savourer, un coureur japonais prends des photos.
ça souffle avant Corynthe !
Vue du Canal de Corynthe depuis la passerelle
Quelques minutes plus tard, je débouche
au premier gros point de contrôle : Le CP N°22 (Hellas Can) au
km 80, et je fais bipper le 1er tapis : un coup d'œil sur la
montre : 8H05 de course, soit 1H25 d'avance sur la barrière
horaire (8H15-8H30 prévus), une pensée pour tous ceux qui me
suivent sur Internet en France, ils doivent être rassurés. Un
coucou à Françoise et aux autres accompagnateurs qui attendent leur
coureur. Je crois qu'il n'y a plus que Wilfrid et Jean-Pierre comme
Français devant (+ Daniel bien sûr).
Arrivée sur le 1er tapis à Corynthe (CP N°22, km 80,0)
C'est à partir d'ici que les coureurs
disposant d'une assistance peuvent se faire aider. C'est aussi un des
six points où il y a équipe médicale, massages, lits de camps, …
Je suis même sollicité pour m'arrêter, m'asseoir et me faire
masser, c'est un peu comme à Pigalle sauf que c'est gratuit. Je ne
suis pas venu si loin pour ça, et puis je n'ai absolument pas mal
aux jambes, je veux courir. Je repars sans tarder après avoir rempli
mon bidon et m'être épongé. Il y a tellement de monde que je dois
même demander par où est la sortie...
CP N°22, km 80,0 (Hellas Can)
Corinthe – Némée (CP N°35, km
123,3)
Il y a une descente en sortant. Je me
retrouve rapidement seul pour la première fois, sans coureur devant
ni derrière, pas de voitures non plus sur cette petite route qui
prend pour un temps la direction du nord-ouest. Bienvenue dans le
Péloponnèse, la course est véritablement lancée cette fois !
Je ne me suis volontairement donné aucun temps de passage à partir
de Corinthe histoire de ne pas stresser inutilement. Je sais que j'ai
pas mal d'avance, je baisse volontairement mon niveau d'effort
d'encore un cran, l'objectif est désormais d'arriver aussi frais à
la tombée du jour.
Cette fois plus d'air, le soleil est
généreux en cette après-midi sans nuages. La route est plaisante,
juste vallonnée ce qu'il faut pour ne pas être monotone sans que
cela empêche la course. C'est le domaine des oliviers, des vignes,
et ds vergers.
<<Photo oliviers / vignes>>
Malheureusement tout le monde n'apprécie pas. Je
double un Suédois à l'arrêt plié en deux en train de vomir
(pourtant 5e l'an dernier alors que c'était nettement plus chaud),
puis Yuji Sakai au ralenti, un Japonais ayant déjà fait un podium.
L'ultra n'est heureusement pas une science exacte, et je sais que je
peux basculer dans leur état d'un moment à l'autre.
Mais pour le moment je profite à fond
de la course, toujours sur le même rythme d'alternance course /
marche de 12 minutes, j'ai un juste un peu rallongé la portion de
marche, mais toujours sous la minute.
Je fais le yoyo avec deux Norvégiens,
dont un fameux viking à barbichette, une sorte de Gilles nordique
qui a déjà bouclé une dizaine de fois l'épreuve ! Ils sont
aussi sur un genre de Cyrano, mais ils courent vite et marchent plus
lentement et longtemps que moi, le tout pour une vitesse de croisière
similaire.
Le passage dans l'Ancienne Corinthe (93
km) est superbe : ruines et montagne en fond. Moral au top, ça
avance toujours avec fluidité vers la marque du 100 bornes.
Passage à Ancienne Corinthe (CP N°26, 93,0 km)
Par moments il y a sur notre droite une
vue superbe sur la mer Ionienne que nous surplombons. C'est plutôt
descendant jusqu'au village d'Assos qui est situé pile aux 100 km.
C'est juste à l'entrée de celui-ci que je rejoins Jean-Pierre,
parti vite comme à son habitude et qui est maintenant dans la
gestion de son avance. On discute un peu, signature de quelques
autographes pour des enfants. Nous passons au CP en 10H28. Il y a une
belle ambiance avec des jeunes filles en costume traditionnelles qui
nous accueillent en nous lançant des pétales de fleurs.
Assos (CP N°28, 100,1 km)
Je repars seul, je ne dois pas rater
mon 3e sac au CP suivant car il contient ma frontale ainsi qu'un
brassard réfléchissant. Il n'est même pas 18 heures, et il ne fera
nuit que dans une heure trente, je fixe donc ma frontale à ma
ceinture porte bidon.
La route file désormais vers le sud,
le soleil décline. Toujours pas de baisse de régime, l'allure
diminue, mais c'est parce que la route commence à s'élever, la
pente n'est pas très forte mais il faut s'économiser car je sais
que plus tard dans la nuit je serais très certainement dans le dur,
et le plus tard sera la mieux. Je raccourcis la foulée et j'ajoute
un peu plus de marche.
Je cours désormais plus ou moins avec
un Grec (Vlachos je crois) qui semble connaître tout le monde à
chaque CP et qui est beaucoup encouragé. C'est motivant pour rester
au contact et avancer. Le son des cigales est parfois assourdissant
et couvre le rythme encore léger des foulées.
La nuit est désormais presque tombée,
je retourne ma casquette et je mets la frontale après avoir enlevé
le voile. Je n'ai couru qu'une seule fois à l'entraînement par nuit
noire, et j'appréhende un peu car j'ai peur de me perdre en manquant
une bifurcation : Certains marquages au sol sont à moitié
effacées, il faut être bien concentré aux intersections. Il n'y a
qu'un petit croissant de lune, par contre le ciel étoilé est
superbe. La température est maintenant très agréable.
Tous les voyants sont au vert en
arrivant au 2e gros CP (Némée) qui se situe juste à mi-course,
enfin kilométriquement parlant, car je sais que le plus dur est
encore devant, loin devant. Mais c'est déjà ça de pris d'arriver
là avec tous les voyants au vert et une avance confortable sur les
barrières horaires (je n'ai même pas regardé combien). Une caméra
plonge quasiment dans mon bidon pendant que je le remplis. Comme à
Corinthe (mais il y a beaucoup moins de monde), je ne m'attarde pas
et je m'enfonce dans la nuit.
Némée – Malandreni (CP N°40, km
139,8)
Soudain l'ampoule du pied droit éclate,
ça devait être une grosse ampoule car j'ai le pied trempé. C'est
mauvais signe, le pied risque de gonfler. Je pense à m'arrêter au
CP N°38 où j'ai mon prochain sac pour voir l'état de mes pieds et
changer de chaussettes.
Je continue plus lentement en essayant
de courir relâché comme si de rien n'était, mais je ne me sens pas
trop bien au niveau de l'estomac non plus. Je vomis peu après, c'est
la première fois que ça m'arrive en course (pensée pour Vincent70,
ça me fait sourire). Heureusement de ce coté les choses rentrent
assez vite dans l'ordre, ça devait être le trop plein de bananes du
ravito précédent (d'ailleurs un suiveur qui assiste un coureur qui
doit progresser non loin de moi pendant un certain temps m'a surnommé
« banana guy ».
N'empêche que j'ai beaucoup moins de
jus, et surtout plus aucun plaisir à courir, je me demande ce que je
fous là. J'ai vraiment l'impression de me traîner, même si en fait
j'avance juste un peu plus lentement. Habité par ces pensées
négatives, je n'ai plus fait attention depuis un certain temps au
fléchage et aux éventuelles intersections. Comme je ne vois plus
aucun marquage durant de longues minutes, ni d'autre coureur, ni de
voiture suiveuse, je commence à me demander si je ne me suis pas
perdu dans la nuit, l'idée de l'abandon me traverse, et je me donne
encore cinq minutes avant de faire demi tour. Heureusement un CP est
en vue après le virage suivant, ouf pas besoin de ça en ce moment !
C'est dans cet état que je rattrape
Daniel. Cela me fait du bien de discuter en Français, et me permet
de relativiser mon état car il a les jambes en bois depuis le 30e km
et doit marcher assez souvent pour les soulager. Nous progressons
maintenant en légère montée sur un chemin de terre, mais assez
roulant tout de même vu que c'est sec.
C'est à ce niveau que j'ai mon 4e sac.
Je me change pour un T-shirt manches longues (ça tombe bien car il
fait un peu plus frais), mais je zappe pour le changement de
chaussettes : je préfère attendre le prochain CP médicalisé
même si c'est bien loin. Je crois que c'est par là que je bois un
premier café.
Un peu plus tard je laisse filer Daniel
qui va encore un peu vite pour moi. Le chemin laisse à nouveau place
au bitume et c'est la descente vers Malendreni. Mes idées d'abandon
se dissipent peu à peu. Nous formons un petit groupe de trois ou
quatre coureurs dont une féminine. Le fait d'être filmé à ce
moment nous fait accélérer durant quelques minutes, cela fait du
bien et me redonne un peu confiance à ce moment là, je vais au
moins aller en bas, je sais qu'il y a une belle ambiance à
Malendreni, et la possibilité d'une bière car le CP est dans une
taverne.
C'est dans cet état d'esprit davantage
positif, et sans doute un peu requinqué par le café que j'arrive là
bas. En effet, il y a du monde, ça rebooste, maintenant je vais au
moins aller jusqu'à la montagne pour voir comment c'est là bas, à
peine 20 km. J'en oublie même de demander ma bière (j'en demanderai
à un ou deux autres endroits, mais il n'y en avait pas) et je me
contente d'un café (j'en prendrai un tous les 2 ou 3 CP durant toute
la nuit...). La traduction française approximative des encouragements sur la banderole m'amuse "Bon accueil et heureuse résiliation", non aucune envie de résilier, je veux continuer, j'imagine qu'il fallait lire "Bienvenue et bonne fin de course"...
La taverne de Malandreni (CP N°40, km 139,8)
Malandreni – Mountain base (CP N°47,
km 159,5)
Après Malandreni, la route commence à
s'élever, d'abord en douceur. Je suis de mieux en mieux, la douleur
au pied s'atténue. Je cours quasiment toujours seul et cela me plaît
à ce moment là. J'ai l'étrange sensation que je cours en terrain
connu, il faut dire que depuis le temps que je me documente, le
parcours ne m'est pas inconnu, cela me motive davantage à voir cette
montagne tant redoutée par les « rase-bitume » de mon
espèce.
Il y a pas mal de CP dans des villages
dans cette section du parcours. Souvent des enfants accueillent les
coureurs à l'entrée du village et les accompagnent jusqu'à la
sortie. Ceci donne un coté encore plus émouvant et personnel à la
course.
Je suis à nouveau concentré et
attentif au marquage au sol. A une intersection, il y a des signes en
travers de la route (des croix qui suggèrent que ça n'est pas la
bonne direction, mais pas entendu parler de cette signalétique au
briefing), mais de flèche « SP » indiquant la direction
à suivre point... Une voiture arrive à ce moment là, on me dit en
Français (j'apprendrai plus tard que ce sont les suiveurs de Paskal)
qu'il faut aller tout droit car des coureurs sont partis dans cette
direction. Je suis pourtant persuadé qu'il faut aller à droite car
ça monte sec par là, et d'après ma connaissance livresque du
parcours, c'est par ici que commence la route d'accès à la
montagne. Après examen attentif du sol à la frontale, il y a en
effet une flèche à la peinture bien défraîchie indiquant la
droite. Après avoir dit aux suiveurs d'aller rattraper les coureurs
partis dans la mauvaise direction, je passe en mode marche rapide
dans la pente.
A un CP, je reconnais une légende du
Spartathlon, le Finlandais Seppo Leinonen qui a déjà terminé 15
fois l'épreuve en 26 participations consécutives, et qui maintenant met son expérience en tant que
bénévole sur la course. Il m'encourage du regard et d'un « good
job ! » qui fait chaud au cœur. Je le retrouverai ainsi
plusieurs fois au cours de la nuit. Chaque CP est une oasis dans la
nuit.
Seppo Leinonen 1985 - 2010 SPARTATHLON Legent
Je suis maintenant sur une route de
montagne en lacets, je monte d'une marche assez énergique (6,5 7
km/h) qui me permet même de dépasser quelques coureurs. Je relance
juste en courant un peu quand la pente est moins forte, ça détend
les jambes. J'ai tout loisir de regarder vers le haut : bien au
dessus de nous une guirlande de points verts indique le sentier qu'il
faudra prendre une fois le CP à la base de la montagne (« Mountain
Base » atteint).
Au CP précédent, j'aperçois Le
Hongrois Andras Low (il ne doit pas être loin du record du nombre de
Spartathlon terminés) allongé sur une couchette. Je sais qu'il est
coutumier de la progression par à coups et qu'il devrait bientôt
repartir fort. A mesure que la route s'élève il fait plus frais,
cela m'incite à garder un bon rythme afin de ne pas me refroidir. Je
joue avec le cache sur ma frontale dont je viens juste de découvrir
l'existence, une sorte de diffuseur qui quand on l'abaisse éclaire
sur un champ plus large mais moins loin, ce qui est plus agréable
quand on marche.
Je parviens à ce CP N°47 gonflé à
bloc, je passe sur le tapis sous les applaudissements, et ne regarde
même pas quelle est mon avance sur la barrière horaire. Comme
beaucoup de coureurs, c'est là que j'ai placé mon plus gros sac.
Après l'avoir récupéré, je m'assois tranquillement sur une
chaise. Il y a vraiment pas mal de concurrents (soit assis, soit
allongés sous une tente) dont pas mal semblant en hypothermie, de
suiveurs, de bénévoles, et de staff médical ici. Il fait frais,
mais je n'ai pas froid. J'accepte tout de même une couverture sur
mes épaules le temps d'enfiler mon coupe-vent. Je demande s'il fait
froid en haut, la réponse étant « Yes », j'enfile des
gants légers et je mets un bandeau pour les oreilles. Sans
assistance, cela prend un peu de temps pour ces opérations, car avec
la fatigue les gestes, et surtout le cerveaux sont lents, il faut
réfléchir à ne rien oublier et à tout remettre dans le bon ordre
(porte-dossard, porte bidon, brassard, casquette, frontale). On
m'apporte ensuite un Nème café, les bénévoles sont vraiment aux
petits soins pour les coureurs. Je m'offre quelques secondes de
relaxation en fermant les yeux avant de me lever pour m'élancer vers
là haut après avoir remercié les bénévoles, toujours sous les
applaudissements. C'était mon plus long arrêt jusqu'à présent,
mais je ne pense pas m'être attardé plus de 10 minutes.
<<Photo CP N°47>>
Mountain base – Sangas (CP N°49, km
164,5)
Le sentier est vraiment escarpé, le
sol devient rapidement instable, je dois faire très attention où je
pose les pieds car par endroits il y a de gros cailloux, presque un
pierrier. Parfois je redescends un peu en arrière, c'est limite s'il
ne faut pas s'aider des mains, je me félicite de ne pas avoir pris
mes DS Trainer... Bien sûr il n'est pas question de courir, ni même
de marche rapide pour moi. Le sentier est étroit, délimité par de
la rubalise quand c'est dangereux, de nombreuses lumières vertes
rendent le parcours féerique, mais hors de question de regarder
autre chose que ses pieds sous peine de chuter.
La montagne (après le CP N°47, vers le km 160)
Soudain j'entends marcher derrière, je
me gare sur le coté et Andras Low me double, il monte quasiment deux
fois plus vite que moi. Il y a quelques bénévoles cette montée qui
doit faire environ 2 km pour 400m de D+, une paille pour un trailer,
mais un long moment à passer pour un pur routard ayant 160 bornes
dans les jambes. Heureusement je suis en forme à ce stade de la
course, je me surprend même à penser à voix haute « Cette
course est une tuerie » ! En levant les yeux, les points
lumineux semblent s'étirer indéfiniment. Cependant, au détour d'un
virage, je débouche soudain sur le fameux CP « Mountain top »,
point culminant du Spartathlon, à près de 1100 mètres d'altitude.
Il fait plus froid qu'en bas, j'ai bien fait de me couvrir. Un café
chaud et je ne traîne pas pour entamer la descente.
Le chemin pour descendre est moins
pentu et bien plus large que celui pour monter, mais le sol est tout
aussi instable. Je préfère donc progresser en marche rapide mais
souple afin d'éviter tout risque de chute plutôt que d'essayer de
courir, bien que cela soit tout à fait faisable (deux fusées me
doubleront sur cette section, mais je dépasserai l'Américaine
Brenda Caravan encore bien moins à l'aise que moi sur ce terrain).
La vue sur Sangas est superbe, le ciel est très étoilé, mais à
chaque fois que je lève la tête je manque de m'étaler, je reste
donc concentré sur la pose des pieds. Je profite néanmoins d'une
pause technique pour m'en mettre plein les yeux tout en contrôlant
la teinte ; je prends garde à boire assez pour effectuer ce
type de pause au moins toutes les deux heures, pour le moment c'est
parfait, ni trop clair, ni trop foncé.
Je suis soulagé de regagner enfin la
terre ferme (le bitume), je pense avoir mis une bonne heure pour faire la montée et la descente, soit à peine 5 km.
Après avoir rempli mon bidon (décidément les photographes ont
l'air d'aimer ça), j'ôte mon bandeau et mes gants, mais je garderai
encore le coupe vent car l'air est frais, ce que j'apprécie à ce
moment là.
Ravitaillement à Sangas (CP N°49, km 164,5)
Sangas – Tégée (CP N°60, km 195,3)
Le terrain est maintenant relativement
plat, mon allure assez régulière, toujours peu de marche. C'est
dans cette section que peuvent survenir les hallucinations, je
comprends vite pourquoi : la végétation en bordure est propice
à toutes sortes d'interprétations avec la lumières des frontales
et des phares des véhicules, il est facile de se laisser aller à
voir divers animaux. J'ai plusieurs fois l'impression de voir courir
quelqu'un devant moi, mais il n'y a jamais personne.
Je rejoins à nouveau Daniel qui en
fait n'avait pas dû me prendre beaucoup de temps. Nous partageons à
nouveau quelques kilomètres, le temps passe relativement vite. En
discutant, nous calculons que nous sommes sur une base de moins de 31
heures.
Depuis un moment ma frontale éclaire
moins fort, il faut dire que je n'ai pas trop fait attention à
baisser la puissance ou à l'éteindre quand c'était possible. Je
dois juste être encore plus attentif au fléchage, heureusement, le
jour va se lever d'ici deux ou trois heures.
CP N°56 (km 183,5)
Au CP N°57 j'ai mon avant dernier sac
qui contient, outre mes trois recharges énergétiques, un T-shirt
manches courtes, de la crème solaire, et un bidon additionnel de 400
mL que je peux accrocher à ma ceinture (Simple Hydratation). Bien
entendu comme il fait encore nuit noire, qu'il fait frais, et que je
suis bien, je laisse tout cela dans le sac. On m'a aussi proposé
deux ou trois fois des capsules de sel, que j'ai systématiquement
refusées pensant que le sodium contenu dans mes boissons
énergétiques est largement suffisant.
J'arrive à Tégée et je passe sur le
tapis du CP N°60 tout juste sous les 24 heures, il ne fait pas
encore jour. J'aurais signé des deux mains avant la course pour être
à cet endroit avec ce chrono, et surtout en bon état de marche avec
l'envie d'aller de l'avant. Avec 12 heures pour faire 52 km, je
pourrais même me permettre de marcher jusqu'à Sparte, mais je veux
courir. Par contre, au niveau de la durée de course je rentre dans
l'inconnu, n'ayant jamais dépassé les 24 heures, durée que
j'atteins en fait seulement pour la seconde fois. Mais pour le moment
je suis encore relativement facile, je cours presque tout le temps,
surtout que depuis le franchissement de la montagne, c'est vraiment
roulant.
Tégée – Monument (CP N°68, km
223,4)
Le ciel commence à s'éclaircir à
l'est, il faut profiter du peu d'heures de fraîcheur restant pour se
rapprocher le plus possible de de Sparte avant que le soleil ne
reprenne le dessus.
La route ne va pas tarder à s'élever
(vers le 200e km je crois), la marche rapide est à nouveau de
rigueur ici, il faut garder des forces pour la dernière ligne droite
pour redescendre sur Sparte. De la route, le panorama est parfois
superbe, surplombant des vallées nappées de brume, brume qui nous
aura heureusement épargnés sur le parcours.
Je rattrape l'Américain Andrei Nana à
un CP. Pour lui c'est le contraire, il attend la chaleur avec
impatience, il a horreur du froid et a beaucoup souffert durant la
nuit. Un petit convoi de coureurs s'est formé, nous progressons en
alternant marche et course au gré de la pente. La route est peu
agréable, le trafic augmente, pas mal de poids lourds lancés à
grande vitesse. C'est même dangereux lors de virages à gauche car
il y a peu d'espace entre la roche et le bitume.
Il fait désormais moins froid et je
laisse coupe vent et frontale aux bénévoles à un CP, les manches
longues suffisent car il n'y a pas de vent. L'appel de la nature
commence à se faire sentir, j'accélère un peu pour trouver un coin
plus ou moins propice. En me relevant, je suis pris d'une violente
crampe du diaphragme, y étant habitué, quelques secondes de
profonde respiration ventrale suffisent à la faire passer. Je n'ai
aucun soucis pour repartir, les jambes répondent bien, je me sens
plus léger et je recolle facilement au petit groupe qui m'avait
dépassé entre temps.
Le soucis pour moi c'est qu'il commence
déjà à faire relativement chaud, je retrousse mes manches. Je
commence à regretter de ne pas avoir remis de crème solaire plus
tôt. Nous atteignons enfin ce qui semble être le sommet de la
montée, mais il y a encore pas mal de kilomètres de toboggans avant
d'amorcer la descente sur Sparte.
Quand je parviens au CP N°66 où j'ai
mon dernier sac, ça n'est que le milieu de la matinée, mais il fait
déjà chaud, beaucoup plus chaud que la veille à la même heure car
il n'y a pas la mer pour tempérer. Je suis soulagé de m'asseoir à
l'ombre et de pouvoir enfiler un maillot manches courtes. Je remets
enfin de la crème solaire. Je m'applique pour le visage, mais je
bâcle le reste, j'oublie encore les mollets. Je commence à
regretter de ne pas avoir mis mon 2ème bidon ici plutôt que 30
kilomètres plus tôt.
Le moral est encore bon, bien que la
fatigue soit maintenant sensible, je ne prends plus de café depuis
le début de la matinée. En fait je n'ai jamais eu envie de dormir à
part au tout début de la course. J'ai tout de même l'impression de
me traîner un peu, mais c'est le cas des autres concurrents qui sont
avec moi. J'ai la chance de ne quasiment pas avoir de douleurs
musculaires. Tout est également nickel au niveau tendineux, mes
pieds semblent également en assez bon état. Pour le moment, je
pense surtout à parvenir au début de la descente sans m'entamer
davantage, je commence à visualiser Léonidas qui se rapproche.
Je me prends même à regarder mon
classement à un CP (à chaque CP un bénévole note le N° de
dossard sur une feuille), 29eme. Je sais que mon seul objectif est
d'arriver, mais je ne peux m'empêcher de penser que vu le bon état
de mes quadriceps par rapport à la plupart des coureurs autour de
moi, je vais bientôt pouvoir me laisser glisser tranquillement dans
la pente et gratter quelques places d'ici Sparte.
Peu après ce CP, ça commence à
descendre, mais bientôt ça remonte encore, j'ai moins de jus, je
marche mais moins vite qu'avant, il fait chaud, cette grande route
sans fin et sans ombre me saoule... Enfin cela commence à
redescendre, je reprends ma course, prudemment pour le moment, la
pente est faible, la route est encore longue.
Sur les hauteurs de Sparte
Métaphysique => Sparte
Je suis seul. C'est arrivé presque
d'un coup, je ne sais plus exactement où, ni quand ; mais je
pense en gros un peu après avoir avoir débuté la descente sur
Sparte : plus moyen de courir, ni même de marcher aussi
rapidement que je le pourrais musculairement. Je tente bien de
relancer , mais au bout de quelques dizaines de mètres de trot
je me sens mal, au bord de la chute. Certes, j'ai toujours des jambes
de feu, mais le soucis c'est que mon sang est également en fusion,
et que mon cerveau n'est guère plus frais. Sinon je n'ai mal nulle
part, si ce n'est aux mollets car les coups de soleil commencent à
tirer sur ma peau.
Je fais encore illusion au CP N°69
tant au niveau classement que chronométriquement au dernier tapis de
chronométrage avant l'arrivée car je marche depuis peu, je me dis
alors que tous ceux qui me suivent sur Internet vont se faire du
soucis pour la fin...
J'ai bien dû merder quelque part, tout
était presque trop facile et trop « comme prévu »
jusqu'à présent, comme si j'allais faire 31 heures comme ça du
premier coup sans le mériter vraiment. L'analyse de mes erreurs
viendra plus tard, Sparte est encore à un bon 20 kilomètres, 20
bornes dont une grande majorité en descente, mais quasiment sans
ombre, il doit juste faire un peu plus chaud que le premier jour,
peut-être 33 ou 34°C, mais il me semble que c'est bien plus, il n'y
a pas d'air ou si peu.
Le soleil de Laconie me rappelle à ma
condition de simple mortel. La partie mentale de la course commence
vraiment, si la distance restant à parcourir semble raisonnable, le
temps va se compter en heures. Je ne sais même pas si je vais
pouvoir maintenir une allure de marche décente (disons un bon 5
km/h) et si ça ne va pas baisser, un peu comme lors de mon abandon à
l'Ultrabalaton en 2012. Je pense un moment au paradoxe de Zénon, ne
jamais arriver à destination, car il va toujours rester la moitié,
puis la moitié de la moitié, … à parcourir. Je pense un moment à
faire une pause de 30 minutes à l'ombre à un CP et m'allonger afin
de tenter de faire baisser la température du moteur, mais j'ai peur
de ne pas réussir à repartir, donc tant que ça tient à cette
vitesse, je vais m'arrêter le moins possible juste pour m'éponger,
m'asseoir un peu à l'ombre, prendre de la glace dans la casquette,
boire, emporter une bouteille, mais désormais je pisse immédiatement
tout ce que je bois et c'est transparent, pas bon...
Je passe une bonne partie du temps à
estimer la durée qu'il me faudra pour atteindre le prochain CP. Je
découpe par tranches de 500 mètres, parfois de 100 mètres. Je fais
et refais des estimations de mon heure d'arrivée en admettant que je
tienne jusqu'au bout à cette allure. Dans ce cas j'ai le temps, je
devrais rentrer sous les 33 heures si je ne traîne pas trop aux CP.
Je n'ai durant toute ces heures jamais pensé à abandonner, on ne
jette pas l'éponge sur cette course, surtout si près du but.
Parfois un coureur me double,
m'encourage, puis disparaît assez rapidement dans un virage. Des
voitures klaxonnent, je réponds par un faible salut, mais le bruit
me fait mal. Guilhen me rejoint, je lui fait par de mon état et le
laisse filer faire Sparte. Je suis très motivé, j'accepte désormais
ma condition, c'est presque plus une sorte de sérénité que de la
résignation, les mots humilité et patience prennent maintenant tout
leur sens.
Je me souviens avoir lu un article de
Rune Larsson (maintes fois finisher et plusieurs fois vainqueur ici)
qui disait que son objectif c'était l'hôpital de Sparte, ça
m'avait faire rigoler et un peu effrayé, maintenant je suis
exactement dans cette situation...
Une voiture de l'organisation passe au
ralenti, m'observe, on me demande si ça va, échange de quelques
mots ; mes réponses doivent être cohérentes, la voiture
repart.
Le panorama avec la vue sur la vallée
de l'Eurotas est magnifique, mais j'en profite peu, à part mes
pensées et mes calculs, je chasse les rares zones d'ombre en
traversant la route. Il n'y a pas trop de circulation (en fait c'est
l'ancienne route), mais les véhicules roulent vite, et comme je
traverse en marchant, je dois être attentif et anticiper de loin.
Chaque CP est une oasis merveilleuse, de part l'ombre prodiguée par
un parasol, l'accueil chaleureux, l'eau, la glace, une chaise. Je
mémorise la distance jusqu'au prochain CP. Parfois 2 km, une fois
4,7 km, une éternité, une grande bouteille d'eau suffira tout juste
en plus de mon bidon.
CP N°70 / km 231,4
Vu de l'extérieur, on peut dire que
j'ai un gros mental pour finir, mais je ne vois pas du tout cela
comme ça, je dois juste finir, point. Je n'ai pas envie d'échouer
si près du but, je ne suis pas parvenu jusqu'ici pour m'arrêter
maintenant.
Au CP N°72, divine surprise, sur le
panneau c'est écrit qu'il reste 9,1 km au lieu des 11,0 que j'ai
notés (à partir du roadbook), presque 30 minutes de moins que prévu
à coller au bitume, le moral remonte...
Panneau du CP N° 72 (en fait km 236,6 et 11,0 km restants)
Jusqu'au bas de la descente
à à l'entrée dans Sparte où la distance restante correspond à
nouveau à ce qui est indiqué sur le roadbook !
L'entrée dans Sparte ne sonne pas du
tout la fin des hostilités, au contraire, c'est plat, donc je
surchauffe autant touts en progressant encore plus lentement, et
toujours pas d'ombre sur une grande route longeant la ville. C'est
écrit « Spartathletes Welcome to Sparta » en grand sur
un pont, ça me fait presque rire, il a une sacrée allure le
bientôt-spartathlète...
Entrée dans Sparte
Cette foutue ligne droite est
interminable, je ne vois pas le CP N°74, je pense même un moment
m'être perdu tellement c'est long, heureusement à ce moment là un
coureur me dépasse. Enfin c'est le N°74, il reste un peu plus de
deux km, mais moins monotones que les deux précédents car je rentre
enfin dans la ville. Un peu plus loin un jeune homme à vélo me
rejoint, il fait partie de l'organisation et parle très bien
Français. Il va me supporter jusqu'à l'arrivée. On tourne une
fois, deux fois, enfin c'est l'avenue terminale avec les drapeaux,
bientôt il y a foule, des enfants se joignent à nous. J'essaie de
trotter, mais je sens que ça ne peut pas tenir, je continue à
marcher, peut-être un peu plus vite. Je suis encouragé par les
Français qui ont abandonné : Mathieu, JB, Lolo. Enfin la
statue, je rassemble un peu d'énergie pour faire les derniers 20
mètres et monter les marches en trottinant. La musique des Chariots
de Feu, c'est fini, je touche le pied de Léonidas. Je ferme les
yeux, le vide, je savoure enfin. Il était temps, mais j'aurais voulu
que cela dure toujours.
Encore quelques marches...
Enfin le pied!
L'après course
Je reprends mes esprits, une jeune
fille me tends la coupe contenant l'eau sacrée de l'Eurotas, je
bois, je me sens bien. Puis je reçois la couronne de feuilles
d'olivier.
La coupe d'eau sacrée de l'Eurotas
Et la couronne d'olivier !
Encore quelques photos, puis il est
grand temps d'aller m'allonger sous la tente près de l'arrivée car
je commence à me sentir faiblir. Injection pour faire baisser la
température, perfusion pour palier à la carence en sel, soin des
pieds (là c'est plutôt correct). Je vais bien rester deux heures
allongé là avant qu'on ne me ramène en taxi à l'hôtel où l'on
m'accompagnera jusqu'à ma chambre. Je ne profiterai pas de la
soirée, je mets un temps fou à aller aux toilettes et à me doucher
car en plus de la fatigue, mes muscles sont devenus raides avec la
position couchée. Merci à Guilhen de m'avoir apporté à manger et
à boire. Je ne suis pas tranquille car mes reins ne fonctionnent
toujours pas. Je m'endors tout de même, épuisé.
Heureusement, le lendemain mon
organisme fonctionne à nouveau normalement et je me goinfre au
petit-déjeuner. Je m'aperçois que la veille, pendant qu'on me
raccompagnait à l'hôtel ma couronne d'olivier s'est égarée,
dommage car c'est pour moi le symbole par excellence de ceux qui
parviennent à Sparte. Nous allons récupérer nos drops bags, puis
faire quelques photos souvenir et boire une bière avec Jacky, les
jambes sont bonnes, aucune difficulté pour grimper sur la statue...
Le déjeuner offert par le maire de
Sparte aux environs de la ville est bon et très sympa, surtout
arrosé d'un certain nombre de binouzes. Le retour sur Athènes en
bus l'est moins, la clim ne fonctionne pas, tout le monde a les pieds
qui gonflent.
Le lendemain soir, la cérémonie
officielle a lieu dans les environs d'Athènes. C'est l'occasion de poursuivre la fête, de recevoir la médaille et le diplôme, de faire quelques photos. C'est déjà fini.
Remise médaille et diplôme
Le groupe France (+ Daniel)
Épilogue
Comme j'attendais beaucoup du
Spartathlon, y pensant presque tous les jours depuis plus de trois
ans, j'avais à la fois peur d'être déçu par la course et
également de n'avoir plus envie de rien si je réussissais à
terminer. En fait, rien de tout cela ne s'est produit, l'aventure
était encore plus belle que tout ce que j'avais pu imaginer, et j'ai
toujours autant envie de courir, et surtout sur ce type de course en
ligne longue sur route. Je pense que ce format est fait pour moi,
l'inverse je ne sais pas encore...
Je tiens également à préciser que je
n'ai utilisé aucun médicament (anti-douleurs, anti-crampes, ou
autres) pendant la course (bon j'ai bu pas mal de café...), ni avant
d'ailleurs. J'ai été en permanence à l'écoute de mon corps, y
compris dans les moments difficiles. Je pense que c'est essentiel
pour être honnête avec soi-même et envers les autres, rester en
bonne santé, et pouvoir courir longtemps encore.
Donc je reviendrai... en 2014 ou en
2015, pourquoi pas avec une équipe d'assistance histoire de vivre le
Spartathlon autrement, j'ai envie de ramener cette couronne
d'olivier, et surtout de finir plus proprement la course, de
davantage profiter de l'arrivée.
Remerciements
Je tiens à remercier toutes celles et
ceux qui ont contribué de près ou de loin à ce que ce rêve se
concrétise.
Merci à tous les coureurs Français du
Spartathlon, à tous les autres coureurs, finishers ou pas, ainsi
qu'à leurs accompagnateurs qui nous ont encouragés.
Merci aux organisateurs et à tous les
bénévoles, vous êtes formidables et sans vous le Spartathlon
n'existerait pas.
Merci aux spectateurs, notamment les
enfants, vos encouragements et votre enthousiasme nous transportent.
Merci à tous ceux qui ont suivi ma
progression sur Internet (forum ADDM, XVe Athletic Club entre
autres).
Merci aussi pour toutes les photos, que j'ai récupérées à droite et à gauche...
Remerciements spéciaux à tous ceux
qui m'ont aidé en me faisant profiter de leur expérience, notamment
Gilles, JB, et Denis Dupoirieux.
Et merci à ma femme et à mon fils qui
ont supporté toute cette longue préparation.
Désolé, j'ai dû oublier pas mal de
monde...
Article à suivre : Debrief
technique : Analyse de ma course (allures, répartition course /
marche / arrêts), erreurs commises. Points forts et points faibles.
Comment mieux me préparer et mieux gérer la course. Quel chrono est
possible en optimisant ?